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NicolasFlavia_2_cw.jpgPartage autour du film
Corps en mouvement

Soirée-rencontre Cultures au coeur
du 9 octobre 2017


C’est la reprise des soirées-rencontre Cultures au coeur à l’Accorderie, saison 2017-2018.
Telki Sanabria et Nicolas Villamarin sont venus nous présenter leur film documentaire Corps en mouvement, où ils donnent la parole à des jeunes artistes issus de plusieurs cultures, qui ont fait du Québec autant que de la musique leur maison.

« Je danse, donc je vis »
Leur intention avec ce film : partager une expérience  -  la passion de faire danser et de créer des ponts musicaux entre entre les cultures. C’est en même temps un cri du coeur, exprimé avec sobriété mais aussi avec émotion : «Ah ! si nous pouvions en faire aussi notre gagne-pain... » Tantôt parce que l’industrie musicale siphonne leurs talents à vil prix, tantôt parce que le bassin québécois de petite taille et tourné vers les vedettes valorise bien plus les tubes nord-américains à la mode que les musiques du monde.

Une rencontre qui s’est prolongée plus que de coutume, tellement les 15 autres personnes présentes buvaient le témoignage de nos invités ! On reconnaissait dans la salle des gens originaires du Québec, de la Colombie, de l’Équateur, d’Algérie, de la France et de l’Iran.

Un peu d'histoire
Les sons et les rythmes créés par ces artistes néo-québécois se situent au carrefour des musiques des peuples  -  par exemple afros et latines d'Amérique du Sud. Plusieurs de ces musiques ont pris racine dans un passé d'esclavage  - ça s'est vécu en Colombie, à Haïti ...mais aussi au Québec ! Il se produit quelque chose de libérant. Pas étonnant que certaines musiques, certaines danses, contiennent comme « un accent de révolution : les corps se décolonisent... »

Le marché québécois est homogène
Un premier défi est que notre société est peu populeuse, et qu'elle se nourrit des musiques à la mode propulsées à grande pression par les distributeurs nord-américains ou ceux qui contrôlent nos médias. En plus, les artistes composent une colonie restreinte; quelques vedettes se retrouvent souvent les mêmes dans les spectacles, à la télévision ou à la radio, dans les journaux. Il est difficile pour les autres de se faire connaître, le budget n'est pas là pour endisquer et faire sa promotion soi-même. Une artiste se souvient de s'être fait dire « Si tu n'es pas Blanc, tu vas en travailler un coup... »

Cette situation provoque une certaine tristesse chez Telki : « Je me vois comme un Québécois... différent »,  En effet, quand on ne se voit pas dans les films, dans les journaux ou sur les grandes scènes qui projettent l'image québécoise, le sentiment d'appartenance à notre société manque de prise. Il ne faut pas s'étonner que des artistes d'autres cultures en arrivent à se créer une communauté entre eux, malgré le fait qu'ils soient pour plusieurs nés au Québec. On comprend mieux à les côtoyer que certains éprouvent un sentiment d'exclusion. Le film fait dire à un figurant « je m'intéresse au Québec, oui... pourvu qu'il accueille le multi-culturel, qu'il soit adapté, pas ghettoisé ».

« La musique du monde ne paie pas le loyer... »
Car il s'y greffe un autre défi, d'ordre financier. Des grands diffuseurs paient quelquefois des miettes à un artiste, lui reflétant que de toute façon il jouerait pour son plaisir. Certains ajoutent même qu'il devrait se considérer chanceux qu'ils l'aident à se faire un nom ! Et dans le contexte où tout passe à l'Internet, l'industrie du divertissement a d'autant plus de poids. L'éthique serait que les grands diffuseurs paient une redevance directe aux créateurs, sinon « la musique finit par être au service du capital... » conclut un artiste.  Mais aussi...

...Mais aussi, il importe que le public québécois lui aussi fasse une prise de conscience : « combien de gens acceptent de se payer un café à 5 $, qu'ils ne boiront parfois qu'à moitié, tandis qu'ils hésitent à payer 1 $ de droits sur une musique ou une chanson qu'ils téléchargent, et qu'ils vont écouter quelquefois durant des années ?...»

Le cadeau échangé avec la société québécoise ?... Temoins_SoireeCC_2017-10-09_w.jpg
Telki, arrivé au Québec il y a 15 ans comme demandeur d'asile nous dit: « Mon cadeau... c'est d'être ici. Québec m'a donné une famille, des amis. La moitié de ma vie s'est passée ici ». En retour, il voit le cadeau qu'il fait comme celui de faire profiter le Québec de sa façon de penser, de sa vision pour épanouir notre société.

Nicolas, qui a découvert le Québec à 12 ans, voit le cadeau reçu comme « ...la tranquillité de la vie au Québec, le calme: une base fondamentale de la vie. La possibilité de rencontrer des gens de différentes régions du monde, de comprendre le monde comme un ensemble d'expériences culturelles diverses, d'avoir une lecture plus large de ce que veut dire vivre dans le monde. » Ce qu'il croit apporter : « une énergie pour changer les choses (face à la guerre ou au racisme...), que ce soit au Québec ou dans le monde : J'aurais pu repartir, j'ai quand même choisi de le faire à partir d'ici... »

Les Québécois sont-ils racistes?...
Telki, adolescent dans une école secondaire de Ste-Foy, a participé à défendre des jeunes issus de l'immigration qui se sont fait battre. Il parle aussi de ses parents, qui ont dû ici retourner à l'école à un âge avancé, ne pouvant exercer leur métier du fait d'ordres professionnels inaccessibles. « Ça te révolte, ça te dit qu'il faut faire quelque chose, pour que plus de possibilités s'ouvrent aux immigrants... »

Lui et d'autres se sont parfois fait reprocher  -  exemple : par certains postes de radio  -  d'accuser les Québécois de racisme. Leur documentaire Corps en mouvement  conserve un ton sobre, positif; il communique une expérience, pas une charge militante. Il était présenté en février 2017 au Festival contre le racisme ...juste après que l'attentat soit survenu à la grande mosquée de Ste-Foy  -  comme si l'événement donnait raison de questionner notre qualité d'inclusion sociale...

« Et s'ils disaient vrai ?... »
Je ne m'étonne pas que les participants aient été captivés par l'échange avec Telki et Nicolas. Plusieurs avec moi, parmi les Québécois d'origine présents à la soirée, avons pu prendre une conscience plus vive que les comportements de discrimination ou d'exclusion vécus au quotidien par des gens d'autres groupes culturels nous échappent en partie. C'est compréhensible : ni nous-mêmes ni nos proches ne sommes habituellement visés; la discrimination recouvre en partiWebster_cw.jpge un contexte de pauvreté qui souvent ne nous touche pas; et les harceleurs sont le plus souvent de la même culture que nous.

Les gens issus de l'immigration, eux, en vivent le contraste, puis les effets directs, quelquefois répété au fil de plusieurs années, tandis qu'ils ont la nostalgie d'un ailleurs qui ajoute à leur poids émotif. Déjà à l'adolescence ils vivent les réactions spontanées des autres jeunes : à l'école, aux loisirs ou sur la rue. Dans leur famille ils voient leurs parents s'adapter comme ils le peuvent avec les contraintes de recherche d'un logement ou d'un emploi, défis que plusieurs trouveront à leur tour quelques années plus tard... Ces situations sociales de reproduction  ont été largement mises en évidence par les études sociologiques.

De là à nous investir tous ensemble dans un grand procès pour mesurer notre degré de discrimination ou de racisme, je crois sincèrement que tout le monde y perdrait. Non seulement parce que les réactions de ce type sont le fait d'une minorité, mais parce que nous arroserions justement les fleurs que nous ne voulons pas voir pousser.

À l'inverse, nous en sortirons tous gagnants si nous centrons notre attention collective sur les expériences porteuses déjà observables autour de nous, sur le quoi-faire-d'autre, qui vont nous attirer la sympathie de ceux qui pourraient se sentir exclus, et dynamiser notre créativité ensemble pour faire mieux encore..
Que diriez-vous si nous motivions nos gouvernants à faire un inventaire des comportements de bienveillance systémique au sein de nos quartiers, à l'échelle de notre société, puis à soutenir les plus prometteurs dans la suite ?...


Denis Breton, avec le concours de Chloé Jaguin


Date de création : 2017/10/11 - 20:51
Catégorie : - 2017
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Dernière mise à jour: 18 novembre 2017